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Dis moi Oui…Non!
Allo, Cecilia ? C’est moi, Nicolas.

-Je t’avais dit de ne pas m’appeler avant lundi.

-Oui, je sais Cecilia, mais je n’ai pas pu résister. C’est plus fort que moi. J’avais besoin d’entendre ta voix. Tu m’as vu à la télé jeudi soir ?

-Tu sais où je me trouve en ce moment ? A Petra. Avec Richard. Au forum économique. Si tu crois que la télévision jordanienne s’intéresse au microcosme hexagonal, tu te trompes. Et en plus, je ne reçois pas TV5 dans ma chambre d’hôtel.

-Reviens à la maison. Dis moi oui…

-Non !

-J’ai avoué aux Français ce qui nous arrivent.

-Et alors ? C’était un secret de polichinelle. Il y a bien quelqu’un dans ton entourage qui a vendu la mèche derrière ton dos.

-J’ai veillé que tout cela reste secret. Mais ça a jasé dimanche quand j’ai annulé mon passage dans le journal télévisé de TF1.

-C’est la première fois que tu renonces à un média pour moi.

-Je suis monté à reculons à la tribune du meeting de Poitiers. Jean-Pierre a du me pousser du coude.

-Comme si j’allais te croire. Je te connais trop. Dès qu’un micro se tend, tu t’en saisis immédiatement.

-J’avais réservé une place pour toi au banquet.

-J’en ai marre de tous tes banquets. A chaque fois tu me places à côté de Bernadette. Non seulement, je dois lui faire la conversation et en plus je dois supporter ses bruits de bouche quand elle mâche ses petits fours. Lui, Richard, il m’invite au restaurant tous les soirs, et je peux choisir le menu.

-Si je pouvais l’attraper celui-là. Il passerait un mauvais quart d’heure.

-Arrête ton cinéma, Superman. Tu ne fais pas le poids contre ses abdominaux.

-Tu peux lui dire à ton Musclor que ce n’est plus la peine que son entreprise d’événementiels propose ses services en France. Je te fais la promesse qu’il organisera des mariages de gogos d’ici quelques années dans la Creuse.

-Je lui ferais la commission. En attendant, il va me présenter à Richard Gere.

-N’oublie pas que c’est grâce à moi que tu as rencontré Tom Cruise.

-Je préfère Richard Gere. Il est plus sexy. Ton Tom Cruise, il m’arrive aux épaules, même en chaussant des talonettes.

-Reviens à la maison. Dis moi oui…

-Non !

-Et dire que c’est moi qui te l’ai présenté au Bourget lors de mon élection. Mais qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

-Nous nous sommes envoyés des œillades au-desus de ton nez, et tu n’as rien vu.

-Tu seras la femme du président dans deux ans. N’est-ce pas de cela dont tu rêve depuis toujours?

-Je n’ai plus envie de cette vie sans cesse sous les projecteurs. Et puis, qu’est-ce que c’est barbant les protocoles officiels. Je préfère un couché de soleil au bord d’une piscine.

-J’ai misé toute ma stratégie de communication sur notre couple. Nous faisions rêvé la France. Nous étions le couple idéal. Tu te rends compte dans quelle merde tu me mets ?

-Et bien, trouve une autre pouliche pour me remplacer. Je connais une journaliste de France 2 qui adorerait être à ma place.

-Et notre fils, tu penses à lui pendant tes escapades ?

-Nous aviserons avec nos avocats le moment venu pour savoir qui en aura la garde.

-Je suis tellement désespéré qua j’ai envie de tout raccrocher, rejoindre Lionel sur l’île de Ré.

-Comme si j’allais te croire. Le jour où tu arrêteras de penser à ta carrière en te rasant est encore à des années-lumières d’aujourd’hui.

-Reviens à la maison. Dis moi oui…

-Non !

-C’est ton dernier mot.

-Je vais raccrocher. Richard m’appelle. Nous allons visiter la cité rose du désert en calèche. Ca, c’est du romantisme. Et demain, on s’envole à New York pour dîner avec Bill Clinton.

-Reviens à la maison. Dis moi Oui !!!

Trop tard. Elle a raccroché.

Toute ressemblance avec des individus imaginaires serait fortuite.
Ecrit par Raskolnikov, le Samedi 28 Mai 2005, 12:00 dans la rubrique "Vagabondages".