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Décembre 2005 : 4 articles
Novembre 2005 : 2 articles
Octobre 2005 : 7 articles
Septembre 2005 : 10 articles
Août 2005 : 11 articles
Juillet 2005 : 9 articles
Juin 2005 : 12 articles
Mai 2005 : 20 articles
Avril 2005 : 25 articles
Mars 2005 : 24 articles


Vendredi (19/05/06)
Du service à reprendre
Cela n’est pas forcément simple de reprendre son joueb. Après quelques mois de silence. Parfois le personnage que l’on imagine au départ de cette aventure peut devenir un double, un ami, un confident. A l’ombre d’un lecteur quelconque, je me laisse porter vers quelques vérités et aussi élargis le trait des énormités que j’entraperçois. Un moyen moderne de se détourner du quotidien ou de l’imaginer au travers un prisme plus attrayant.

Si je n’ai pas eu l’envie de faire vivre ce site pendant ces quelques mois, c’est que tout simplement l’envie me manquait. Ma vie vient de subir un tournant que je n’imaginais pas prendre. Perdu derrière mon clavier d’ordinateur comme un révolté timoré, je n’ai pas vu venir le vent de la réalité. Je suis à nouveau sur la case départ pris dans le tourbillon des années qui passent. Cette vie de famille à laquelle j’aspirais n’est plus. Me voilà à nouveau libre comme avant mais avec l’angoisse de ne pas être à la hauteur des évènements à suivre.

Le monde professionnel dans lequel je baigne m’ennuie profondément. A bientôt quarante ans, je me sens déjà comme une bille de plomb dont on va bientôt se débarrasser. Celui qui me dirige a l’impression que je roule moins bien que la bille en verre multicolore qui vient d’arriver sur le marché. Elle est vendue pour presque rien et en plus, on peut l’envoyer très loin sans risquer de la casser.

Je consulte le marché de l’emploi et j’en laisse tomber le journal. A mesure que l’immobilier grimpe les salaires dégringolent. Quand on est qu’un petit employé, il faut s’accrocher à une branche ou bien faire des brocantes pour arrondir ses fins de mois. Je ne vais quand même pas retourné chez ma mère pour pouvoir payer mon abonnement à Francefoot?

Désormais, le cadre supérieur veut son Blacberry. Tant que tous les costumes cravates n’en disposent pas dans leur mallette, il ne faut pas demander une augmentation. Ce petit objet merveilleux permet de recevoir ces emails pendant une ballade. Et même d’y répondre. Le VIP a immédiatement une visibilité sur les événements de son entreprise en temps réel. Il sait avant tout le monde, même s’il est à la pêche le dimanche, qu’un plan social s’organise. C’est un cabinet spécialisé qui s’occupe de tout. C’est vendu clef en main. L’autre jour, j’ai croisé mon PDG. Il m’a regardé d’un drôle d’air.

Je reprends donc du service. Je suis devenu sensible aux encouragements. Merci à Alberto, Thierry, Silverhot et Cimelhia. Je me remets à l’assaut des mots
Ecrit par Raskolnikov, a 13:47 dans la rubrique "Personnel".
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Samedi (31/12/05)
A cet ami qui reprend son envol
En ce jour de la saint Sylvestre où nous basculons dans une nouvelle année, j’ai une pensée pour cet ami qui décolle aujourd'hui pour une nouvelle direction. Il a décidé de quitter la France, celle du couple Chirac et des syndicats corporatistes, pour aller conquérir un nouveau monde, ou une nouvelle vie. Dans le royaume de Siam. Il paraît que les femmes y sont les plus grandes amantes du monde. Elle daigne bien vous trouver beau, surtout si votre allure est occidentale et que quelques billets sortent de vos poches. Elles se donnent totalement au touriste de passage pour une nuit confortable dans un hôtel avec douche individuelle. Même si l’éjaculation est précoce.
Attention, les vraies filles du pays, celles qui vivent encore chez leurs parents, ne confient pas comme cela leur virginité au premier occidental venu.

Mais ce n’est pas pour cela qu’il vient de faire ses bagages. On n’abandonne pas tout pour de vagues satisfactions sexuelles. Il se fera bien faire quelques séances de body massage de temps en temps. Histoire de profiter des coutumes locales. Il part à la recherche du bonheur! Car, à quarante ans, il ne l’a pas encore trouvé.



Quelques années en arrière, il tenta la première fois sa chance aux Etats-Unis. Il s’est installé à Seattle avec son accent français, et un gros appétit de l’American Life. Il est devenu chauffeur de taxi, bilingue d'occasion, s’est marié, a divorcé, pour finalement revenir à la case départ avec un goût d'inachevé.

Il a acheté un appartement, a trouvé rapidement du boulot, a séduit quelques femmes sur internet, mais n’est pas tombé amoureux. Il s'est rapidement lassé de cette vie en stationnement où il faut compter les jours jusqu'à une hypothétique retraite.

C’est à ce moment-là que je l’ai rencontré. Je me souviens très bien de notre rencontre. Je devais le remplacer temporairement au sein d’une grande banque dont les nombreuses tours dominent la Défense. Je suis arrivé sur les talons dans ce bureau du vingt-troisième étage, réservé aux externes. Nous officions en tant que valets informatiques. C'est-à-dire qu’au premier coup de fil, il fallait partir à toute vitesse en direction du bureau en alarme, pour réaliser une intervention éclaire. Cela pouvait être le tri de la messagerie du DRH comptant et recomptant ses stocks option, au rebranchement de l’imprimante de la secrétaire stressée qui veut tout jeter par la fenêtre. Quelque soit la tâche réclamée, nous devions garder le sourire bien en évidence entre les oreilles.

Si par malheur, nous croisions la Kapo de service sans la saluer dans les larges couloirs des nombreux étages, notre tête était déposée sur le billot sans aucun tribunal. En un coup de fil, nous redescendions au RDC avec l’obligation de remettre notre badge aux vigiles, en baissant la tête.
C’est ce qui nous arriva très rapidement. Nous n'avions pas vraiment eu le temps de sympathiser. Une grande perche ambitieuse nous devança en enclenchant le processus de notre éjection. Nous fûmes envoyés au purgatoire dans l'open space de notre SSII. C'est vraiment-là que notre amitié démarra.

Nous nous retrouvâmes quelques semaines plus tard à Tours, dans une de ses missions ingrates qui vous font regretter d’avoir rater l’école. Méphisto m’avait envoyé en renfort d'une équipe dépassée par la configuration architecturale des lieux. Un immeuble à l'ancienne, en plein centre ville, avec de nombreux petits escaliers étroits, et tout un tas d’utilisateurs à dénicher dans les recoins. Il n'était pas vraiment un acharné du tréteau. Plutôt une espèce de Pierrot lunaire qui s’ennuie dans ce monde à la rentabilité immédiate. Parfois, il disparaissait de la chaîne de travail, et je devais me débrouiller sans ses conseils avisés. Il allait mirer quelques belles demoiselles de la Touraine avec l'espoir d'en retenir l'attention d'une seule.

Le soir, au pied de notre chambre d'hôtel, nous nous retrouvions pour partager notre dîner, et même boire une bière tardivement dans un pub à la mode. C'est le meilleur endroit pour converser, faire connaissance, se libérer des carcans du quotidien. J’ai tout de suite remarqué que c’était un électron libre, un homme en quête de sens, cultivé et ne demandant qu’à être heureux.

Le monde du travail n’étant plus un lieu de villégiature, il finit par se moquer de la routine salariale. Il fit en sorte de «manquer de respect» à Méphisto en refusant systématiquement chacune des missions que la bougresse lui proposait. Elle lui concocta sans remords un motif de licenciement.

Le voilà, à nouveau nu, hors du monde du travail. C’est le moment de s’enfuir, à nouveau. Il faut retenter une aventure. Il doit bien exister quelque part sur cette terre un monde où on peut vivre tranquillement.

Il va devenir prof d’anglais à Bangkok. Son intégration dans la société thaïe n’est pas gagnée d’avance, mais sa motivation reste intacte. Il sait désormais qu’il ne veut plus cette vie imbécile dans laquelle le salarié est un rouage sur l’échelle de l’enrichissement du plus petit nombre.

Les difficultés qui l'attendent sont énormes. Tout ne sera pas rose comme les décriptions des guides touristiques. Il va connaître la solitude, le découragement, l'ennui. Mais avec l'impression de vivre hors des sentiers battus, une nouvelle existence avec des désirs plein la tête.

Bon envol Eloi.
Ecrit par Raskolnikov, a 11:42 dans la rubrique "Personnel".
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Samedi (24/12/05)
Qu’est-ce que c’est con Noël quand on n’est plus un enfant
J’en reviens tout juste, des magasins. Après voir fait sonner mon réveil à 09h00. Je voulais éviter la cohue des retardataires. Ceux qui attendent la dernière minute pour acheter les obligatoires cadeaux. Mais pourquoi font-ils comme moi ? Ils repoussent jusqu’à l’ultime jour cette séance dépensière. Acheter n’importe quoi en espérant que cela fasse plaisir. Ne pas avoir l’air idiot devant la dinde aux marrons pendant la distribution. Espérer ne pas passer pour un pingre aux yeux de la famille. Faire semblant d’être généreux dans un monde de plus en plus égoïste. Si cela ne tenait qu’à moi, je serai resté dans mon antre en éteignant les lumières à dix heures.

A la sempiternelle question de ma femme pour savoir ce qui me ferait plaisir, je lui ai répondu le plus vite que j’ai pu : « Des slips et des chaussettes ! » J’en ai assez de mes vieux sous-vêtements. Je veux du neuf. Du design. Si je trouve maîtresse l’année prochaine, je souhaite qu’elle me découvre soigneux et à la mode, avant le coït. J’ai évité de lui retourner sa question. Pas besoin de détail. La dame en veut toujours plus. Plus de bijoux, plus de parfums, plus de gadgets électroniques. Je n’ai que l’embarras de mon porte-monnaie. De toute façon, quelque soit la vétille que je vais déposer sous le sapin à son intention, la donzelle me quittera cette année.

Ma mère, elle, ne veut rien. Elle ne porte jamais de clinquants, ne se parfume qu’avec modération, et déteste les objets qu’il faut faire fonctionner avec une télécommande. J’eus pensé cinq minutes à lui offrir un décodeur pour la TNT, mais en regardant de plus près les programmes des nouvelles chaînes gratuites, je n’ai rien trouvé qui puisse la capter devant la télévision. Alors, je me suis résigné sur un livre. Cela lui fera passer quelques heures dans sa chaise longue. Elle rêvera quelques minutes. Elle pensera à son fils lequel, décidemment, manque cruellement d’imagination.

Noël ne trouve grâce qu’aux enfants. Il faut être encore un enfant pour apprécier à sa juste valeur cet annuel cérémonial. Une pause, ou presque, dans la confusion du monde. Un espoir bienheureux de lucidité. Un échange d’amour éternel. Le cadeau que l’on reçoit ou que l’on donne est le signe du bonheur. Le monde n’apparaît plus aussi compliqué. Il y a de la place pour tous les êtres humains. Je suis vivant car je crois à la sincérité des grandes personnes qui m’entourent.

Je me force donc à faire plaisir ce jour-là. Pour ne pas être totalement en marge des us et coutumes. Je joue le jeu autour d’une bonne table et je lève mon verre à la santé du petit Jésus. S’il avait su en naissant, qu’il finirait en lévitation au-dessus d’un tombeau, aurait-il accepté de supporter cette lourde tâche d’être le fils du Seigneur ? Il aurait voulu vivre comme tous ses semblables, heureux jusqu’à la mort. Et nous n’aurions pas à le célébrer en s’empiffrant de marchandises bon marché.
Ecrit par Raskolnikov, a 16:14 dans la rubrique "Personnel".
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Samedi (06/08/05)
Le blog d'un vieux copain
D’après les statistiques des moteurs de recherche snifant la toile jusqu’au moindre recoin, un blog par seconde se crée sur le net, 900 000 articles sont publiés chaque jour, presque 4% des internautes français sont déjà des accoutumés à ce monde parallèle de l’information.

Un blog est dit actif lorsqu’il est mis à jour au moins une fois par mois. Si c’est une fois par semaine, on peut le qualifier d’hyperactif ! Attention à l’overdose pour celui qui ne résiste pas à l’envie diabolique de pianoter sur son clavier chaque jour afin de publier un nouveau texte.
Au bout de six mois de pratique intensive de ce sport égocentrique, il risque d’être contacté par un stagiaire de la boîte de prod de Delarue pour participer gratuitement à un show de société à la télévision. Le temps d’une soirée, il aura son quart d’heure de gloire entre 23h et 23h15, puis il sombrera dans la dépression, n’écrira plus une ligne et votera Sarkozy aux prochaines élections présidentielles.

Il y a quelques semaines, célibataire pour trois jours, j’invitai mes vieux copains pour partager un peu de nostalgie. Le temps où libres et encore désireux de réussir dans la vie active, nous partagions nos ambitions chaque vendredi soir dans un restaurant chinois du Plessis-Robinson. Nous passions dans le détail la semaine qui venait de s’écouler en nous moquant des uns et des autres. Ce rendez-vous était rapidement devenu une habitude pour nos estomacs qui réclamaient leur dus de nems ou poulet aux champignons noirs, le tout arrosé d’un vieux saké coupé à l’eau de vaisselle. Nos foies se préparaient à travailler intensément dans la nuit pour filtrer les excès alcoolisés de la cérémonie. Nous vomissions en silence au petit matin chacun dans son studio respectif avec l’envie de se retrouver le vendredi suivant.

L’un de mes vieux copains me ressemble, pas physiquement (à mon grand regret), mais dans nos velléités. L’un et l’autre, avons fait des tentatives pour écrire quelque chose, un début de roman, des études philosophiques, un journal de bord, bref chaque sujet était pour nous une tentation pour nous lancer dans la grande aventure de l’écriture. Mais après quelques jets fulgurants, l’oisiveté nous rattrapait. Nous ne pouvions pas mettre de côté dans la fleur de l’âge notre vie d’homme moderne. Entre deux bols de riz nous nous contentions de nous donner quelques tuyaux littéraires.
Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir permis de découvrir Paul Auster et Michel Houellebecq.

Je décidai de lui révéler l’existence de mon joueb. Afin de ne pas heurter sa sensibilité, je le préparai avec un double Whisky. Je misai sur l’ivresse pour atténuer sa concentration. Je lui expliquai à demi-mot le sens de cette occupation anonyme. Pour lui montrer un exemple concret, nous parcourûmes ensemble les meilleurs pages de Frantico, et plusieurs éclats de rire plus tard, je lui chuchotai les avantages qu’il en tirerait si à son tour il se mettait à l’œuvre. Je ne pensais pas faire mouche. Le bloggeur typique ressemblait, à mes yeux, à un dépressif qui se soigne sans médicaments. Il est aujourd’hui un ami avec qui j’échange des idées à distance.

Je vous invite dès à présent à vous pointer sur le fameux Thierry le Blog qui a vu le jour le samedi 11 juin, soit une semaine après notre week-end. Je ne suis pas peu fier d’avoir exciter une vocation. Quand je ferai le bilan de ma vie devant saint-Pierre, je lui demanderai sans rougir de m’ouvrir les portes du Paradis immédiatement. Je mérite bien une récompense.
Ecrit par Raskolnikov, a 13:51 dans la rubrique "Personnel".
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Jeudi (14/07/05)
En mémoire du 12 juillet
Le 12 juillet n’est pas une date comme les autres. Pour la majorité d’entre nous, elle représente l’éclatante victoire de l’équipe de France de football pendant la coupe du monde de 1998. Nous avons encore en mémoire cette immense foule bigarrée rassemblée dans les centres-villes pour clamer haut et fort son enthousiasme. Sur les Champs-Elysées, c’était impossible de ne pas se faire piétiner par ses voisins tant la densité humaine au mètre carré était démesurée. Ce jour-là, avec mes vieux copains, nous avions été boire une petite mousse place de St Cloud afin de marquer le pas.

Mais le 12 juillet, c’est aussi pour moi, une autre date anniversaire. Celle d’une personne chère qui a tragiquement disparu il y a deux ans. J’oubliais parfois de célébrer son anniversaire alors qu’il était encore de ce monde. Je l’appelais de temps en temps pour prendre de ses nouvelles. Je m’invitais dans son coin calme de la Suisse Normande où il avait choisi de s’installer définitivement au lendemain de sa retraite. Après un tour du village et un petit bonjour chez l’éleveur de chèvres, l’activité en sa compagnie se limitait à bien manger, boire, regarder le sport à la télé et dormir jusqu’au chant du coq. Je m’ennuyais au bout de deux jours, alors je lui donnai rendez-vous l’année prochaine. J’aurais tant aimé qu’il fût présent le jour de mon mariage. Mais une chute fatale de vélo l’avait déjà emporté au paradis des belles âmes.

Ce 12 juillet, nous décidâmes, ma femme et moi, de venir le saluer devant sa dernière demeure, dans ce petit cimetière où il passe l’éternité.



Le village s’appelle Lassy. Dans le Calavados. Les paysans y sont les rois. Les habitants vieillissent tout seuls dans leur masure au milieu de laquelle trône le vieux poêle indéboulonnable. Quand je l’accompagnai rendre visite à ses voisins à qui il avait pris l’habitude de donner des coups de main, j’avais l’impression de faire un voyage dans le temps. Une odeur d’autrefois imprégnait immédiatement mes vêtements une fois le pallier franchi. Une vieille grand-mère attendant la mort en sirotant un calvados maison vous accueillait en vous proposant de remettre du bois dans le poêle pour refaire bouillir le café du matin. L’horloge en chêne remontée tous les jours, à la même heure, quand il est temps d’aller se coucher, faisait entendre son battement de pendule durant les longs silences qui accompagnaient une discussion interminable sur la santé des vaches. Le fils aîné resté célibataire arrivait à l’improviste en tenant une malheureuse poule à qui il venait de tordre le bec. Et nous reprenions du café en son honneur en y trempant des gâteaux secs restés au fond d’un tiroir. Quand il leur disait que je venais de Paris, les bougres me dévisageaient avec des yeux amusés comme des enfants qui s’approchent pour la première fois d’un animal sauvage.



Nous nous recueillîmes quelques instants. J’imagine l’état de son corps. En décomposition totale. Dans le noir du cercueil scellé avec renfort. Le néant de la mort ou le miracle du paradis ? Son âme nous accompagne. Elle voit que nous pensons encore à lui malgré le décalage de la vie. A tout jamais, dans cette dimension à laquelle on s’accroche pour ne pas avoir peur le moment venu. Est-ce que je le retrouverais intact, le plus tard possible ?
Je m’en veux d’être si terre à terre.
Ecrit par Raskolnikov, a 11:27 dans la rubrique "Personnel".
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Lundi (20/06/05)
Un barbecue de canicule
Pour fêter l'arrivée de la canicule, Mon team leader me convia à un barbecue dans le pré carré de sa calme propriété quelque part en bord de Seine. Je n'hésitai pas une seconde. J'enfilai mon maillot de corps le plus coloré avec un short de footballeur datant des années soixante-dix et je sonnai à sa porte avec une bonne demi-heure d'avance ce samedi sur le coup de midi.

En vérité, je fus lâché comme un paquet de lessive dans une machine à laver par ma femme au volant de notre 206 diesel avec une bonne heure de retard. Les parisiens avait tous pris la direction de la Normandie ce week-end et l'A13 était furieusement bondée.

Le fils de la maison m'accueillit comme un copain et me fit passer par le garage. Quelques enjambées plus tard, j'atterris nez à nez avec une bonne trentaine d'humains inconnus déjà attablés avec plusieurs valses d'apéritifs.

Mon chef abandonna le tournebroche autour duquel grillait un pauvre marcassin.
Il me présenta à sa femme, son père, sa fille, et à tous ses amis qu'il avait réunis pour l'occasion.
Je pris place gauchement parmi l'assemblée en attrapant une chaise grinçante. En quelques secondes, on me confia un grand verre de sangria et l'on me permit de piocher au hasard dans la victuaille en libre service.

Beignets, pizzas, tourtes, quiches et d'autres mets encore dégageaient des effluves pour soumettre mon estomac à toutes les tentations. Je goûtai à tous les plats en écoutant d'une oreille discrète les différentes conversations animant les convives. Des milliers de calories plus tard, et plusieurs verres d'un bon Bordeaux vieilli en fût de chêne déglutis, je laissai glisser progressivement quelques mots de ma bouche. Je fis connaissance avec mes voisins.

Sans le savoir, je m'étais assis entre deux cheminots. L'un en retraite, mais conseiller municipal engagé, l'autre toujours en activité, mais avec le tunnel de la sortie en vue. C'était la première fois que je voyais des salariés de la SNCF d'aussi près.
Le salarié SNCF pour le précaire professionnel que je suis est un véritable d'extraterrestre. Il ne vit pas sur la même planète que moi. Il respire en terre paisible sans craindre l'obscurité du chômage. Jusqu'à la fin de sa vie, il est assuré d'un certain niveau de vie.
Moi, je suis une espèce socialement modifiée de la mondialisation ultralibérale. Si je ne m'arme pas d'une carapace solide, je suis avalé tout cru par le premier prédateur qui passe.

Après avoir écouté plusieurs anecdotes croustillantes que les deux anciens collègues avaient en commun dans leurs souvenirs professionnels, je les fis dériver sans m'en rendre compte sur la défunte constitution européenne.
L'un avait voté Oui, l'autre Non. Et à ma grande surprise, c'était le plus engagé syndicalement qui avait fait le pari de l'Europe politique. Le nonniste, dont je me sentais le plus proche au départ, partit en trombes et tout d'un coup le ton monta entre les deux hommes. Je dus remplir leur verre de ce bon Bordeaux servi à foison par la maîtresse de maison pour calmer leurs ardeurs. Et quelques instants plus tard, ils repartirent de plus belles dans leurs anecdotes de grands garnements heureux lesquels déclenchaient de nombreux fous rires.

Je quittai la table encore ensoleillée sous le coup de dix-neuf heures repu comme un pape après une campagne anti- préservatif. Ma femme m'attendait dans la 206 diesel bouillante en double file. Elle avait passé son après-midi dans les magasins afin de refaire une énième fois sa garde-robe.

Lorsqu'elle me questionna sur l'atmosphère de mon barbecue, je lui répondis que je craignais de manquer mon train lundi matin. Elle fronça les sourcils. Je suis persuadé qu'elle ne comprit rien à ce bref résumé. Moi non plus d’ailleurs.
Ecrit par Raskolnikov, a 19:08 dans la rubrique "Personnel".
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Vendredi (10/06/05)
Un Erasme d'aujourd'hui
Pendant quelques jours, je me suis enfui loin de mon joueb. Je lui ai tourné le dos lâchement.

Tout a commencé le week-end dernier. Ma femme me quittait trois jours pour une rencontre professionnelle dans le bassin d’Arcachon. J’avais les mains libres pour tapoter des heures sur mon clavier afin de faire grossir le nombre de mes articles dans mon espace libre sur le web.
Je me voyais déjà recevoir en masse des messages d’admirateurs me réclamant une petite pause pour ma prose.

Après quelques lignes en haut de mon écran, je compris très vite que mon inspiration était tarie. Il fallait recharger les accus.

J’appelai alors mes vieux copains pour passer du temps d’allégresse dans mon appartement de banlieue. J’avais dans l’idée un remake de la Grande Bouffe, avec des créatures dociles dans mon lit et de la bonne nourriture plein la panse.

Nous passâmes une première soirée dans un restaurant avec l’espoir d’attraper quelques jolies serveuses dans notre filet de joyeux ventripotents ; nous repartîmes titubant à la recherche du chemin dormant. Nous nous délectâmes jusqu’à la dernière goutte d’un bon armagnac et nous nous effondrâmes à même le sol jusqu’au lendemain matin.

Nous remîmes les couverts tout le samedi avec le même entrain, mais cette fois-ci sans armagnac. La bouteille était abandonnée vide dans un coin du salon avec un petit peu de vomi autour du goulot.

L’Artiste nous régala d’une partie de nouille à la bolognaise. Il fit cuir avec une dextérité génétique les pattes dans un bain bouillant tandis que j’ouvrai une composition en sauce d’une grande marque de distribution.
Sous le coup de vingt-trois heures, alors que Guy Roux soulevait la coupe de France pour la dernière fois de sa vie, le plat triomphal se dressait sur la table autour de plusieurs grands crus. Je ne me rappelle plus à quelle heure, le plus lucide d’entre nous eut le courage d’éteindre la lumière.

Le lendemain, sur le coup de midi, je chassai mes compagnons de ripaille, non pas pour respecter l’œuvre du Seigneur sous la coupelle de Benoît XVI, mais pour avoir le temps de passer le ballet un peu partout et descendre les poubelles à l’odeur suspecte. Tel un Risky business attardé, je profitai de la dernière seconde pour remettre à sa place le canapé lorsque ma femme arriva bronzée et souriante. Elle me félicita pour avoir si bien tenu la maison en son absence.

Alors un instant, un instant seulement, comme dirait le grand Jacques, j’étais Erasme. Le philosophe qui célèbre la folie, celle qui permet de prolonger l’enfance, de retarder un petit peu la vieillesse, dont les repères se trouvent dans une amitié inoxydable. Je n’avais pas écrit une ligne anonymement, mais vécu trois jours durant comme un poète perdu en Ardèche. Loin des tumultes du quotidien, en compagnie de mes vieux copains errants, j’avais pris du temps plein de certitude pour nourrir ma mémoire de souvenirs oubliables.
Je n’avais aucune honte de cette espèce d’hédonisme accompli derrière le dos de mon épouse.

Je mis plusieurs jours à m’en remettre. J’eus mal à la tête jusqu'à mercredi. Mon foie reprit une activité normale dans la douleur. Je reviens à la réalité au fur et à mesure. A l'approche d'un nouveau week-end, je suis à nouveau Raskolnikov.
Ecrit par Raskolnikov, a 17:47 dans la rubrique "Personnel".
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Mercredi (25/05/05)
Les retrouvailles
La première fois que j’ai surpris ma femme surfant avec conviction sur le site Les copains d’avant, mes épaules se sont redressées avec dédain. Je l’ai regardée faire en m’apitoyant sur sa soudaine lubie : renouer contact avec ses copines d’école. Elle avait scanné une à une les photos de classe de ses années primaires et les déposai en ligne en argumentant son parcours scolaire jusqu’aux années fac. Elle faisait cela le plus sérieux du monde sans s’inquiéter d’exposer à la vindicte du net une partie de sa vie. Lorsqu’elle se rendit compte que je l’observai derrière son dos, elle se mit à rougir. Elle poursuivit néanmoins son activité jusqu’au dernier clic. En nous couchant, ce soir-là, j’eus droit à une explication détaillée de ses différentes classes, les prénoms de ses copines qu’elle aimerait revoir, et les sobriquets de ses professeurs. Je poussai un ouf en éteignant la lampe de chevet.

Le lendemain matin, quelques minutes après le réveil, je mis en route l’ordinateur, et après un survol sur les news de Yahoo, je poussai ma curiosité sur le site qui avait tant stimulé ma femme la veille. J’ouvris un compte, je remplis mon CV et scannai la seule photo de classe que j’avais conservée. Quelques heures nocturnes avaient suffi à mon subconscient pour réveiller mon appétit pour les souvenirs

Hier, en fin d’après-midi, Gilles sonna à la porte. C’est lui qui m’a contacté quand il m’a reconnu sur la photo. Gilles habite désormais en Normandie, à côté de Caen. Il est justement de passage en région parisienne. C’était donc le moment de se retrouver après vingt-huit ans de pause. Nous nous étions croisés en CM1. Il m’invitait souvent chez lui. Ses parents tenaient un magasin de photographe. Il habitait une grande maison dans laquelle c’était un plaisir de se cacher. Il ne se séparait jamais de sa sœur, un an sa cadette qui partageait nos jeux de garçons. Je me souviens de la blondeur de ses cheveux.

Au premier regard, nous nous reconnûmes. Un quart de siècle est passé par-dessus nos corps, mais sans faire disparaître les particularités physiques qui font de nous un être humain unique. Je ne crois d’ailleurs pas à la théorie du sosie. La peau peut se flétrir, les cheveux s’éparpiller, et le ventre bondir, nous nous serrons la main sereinement comme s’il ne s’était rien passé dans notre vie depuis la dernière fois où nous nous étions dits au revoir.

Nous nous racontons chacun notre parcours. Nous pointons du doigt sur les similitudes. Nous aurions pu nous croiser à Brest pendant notre service militaire. A l’approche de la quarantaine, professionnellement, nous subissons la même précarisation, sans période de chômage. Il n’est pas marié ( le chanceux ). Il a envie de s’installer dans le Sud, car au pays du calvados, le mauvais temps ne motive plus son homme.

Il ne voit plus sa sœur. Depuis une dispute banale pendant une période de déprime. Elle a fait des études sans se lasser, et l’a fait savoir à son frère.

Au moment de nous séparer après un dîner d’amitié, nous nous promettons cette fois-ci de réduire l’intervalle pour nos prochaines retrouvailles. Nous n’avons même pas un mot de remerciement pour les concepteurs du site grâce auquel nous devons ces tendres instants de nostalgie.
Ecrit par Raskolnikov, a 17:21 dans la rubrique "Personnel".
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Samedi (21/05/05)
Lettre ouverte à Jérome Garcin, producteur et animateur du Masque et la Plume
Chaque semaine, je me régale dans les transports en commun, avec l’aide de mon lecteur Mp3, en écoutant votre célèbre émission radiophonique.
Assis ou debout, les écouteurs bien en place sur les oreilles, toute ma concentration se tourne pendant presque une heure vers les commentaires fulgurants des critiques que vous avez réunis. Le contrôleur peut bien me réclamer mon titre de transport, je suis présent dans le studio 105 de la Maison de la Radio avec le différé que la technique permet. Pour chaque voix qui s’exprime, surtout si elle est doucement féminine, j’aperçois un visage, une silhouette, un tempérament. Je me laisse déporter dans une autre dimension tout en ayant le réflexe de sortir ma carte orange.

J’aime votre émission parce que vos intervenants, à la différence du pauvre citoyen que je suis, peuvent prendre le temps gratuitement de décortiquer un film, un livre, une pièce de théâtre. Ils ont le pouvoir de nous donner l’envie de courir dans une salle de cinéma, une librairie ou sur les grands boulevards avec notre porte-monnaie grand ouvert. Chacun, armé de sa culture et sensibilité, expose en contradiction avec l’autre son opinion. Et j’y vois plus clair sans me laisser bercer par des intérêts de marketing.

Cette semaine, je viens de faire une nouvelle expérience en vous écoutant : Vous devancer dans la programmation. Lire un livre avant qu’il ne soit proposé à vos critiques. J’ai lu, il y a quelques semaines, le livre de Michel Onfray : Traité d’athéologie.

Je dois vous confesser que cela ne risque pas de se produire de si tôt, car je le confesse honteusement, la vie moderne dans laquelle je survis ne me permet que de lire une dizaine de livres par an, malgré toute mon attention pour le genre littéraire.

En me tenant bien droit contre la rampe, pour éviter de glisser dans les tournants, dans le train en direction de mon HLM, après la découverte du sommaire de votre émission du 15 mai, je n’avais qu’une hâte : mettre en accélérer l’enregistrement afin d’entendre les commentaires sur ce livre de votre équipe.

Tout d’un coup, dans la foule des voyageurs somnolant, je poussai un cri. J’étais le témoin auditif, avec la plus grande des impuissances, à un lynchage médiatique. Le livre, dont la lecture m’avait passionné un mois plut tôt dans ce même train, était démoli.

Que s’est-il passé dans la tête de vos critiques dont j’ai tant apprécié le démontage du phénomène Dan Brown lors d’une précédente émission ? Pourquoi leur avoir imposé la lecture de cet essai philosophique engagé entre deux romans à la mode et une biographie originale ? Est-ce son succès en librairie qui a motivé cette percussion ?

Le livre de Michel Onfray se lit en toute quiétude. Il est écrit avec conviction et dans un style à la portée du grand public, contrairement à d’autres ouvrages qui se donnent la même ambition. Il dénonce les pulsions de mort de la religion dans l’histoire de l’humanité. Un sujet, au combien d’actualité, dans une époque où la mort d’un pape apparaît plus importante que la guerre au moyen Orient.

J’aurais aimé que vos critiques se penchent également sur le dernier livre de BHL ou Finkielkraut. Auraient-ils porté aux nues le talent littéraire de ces philosophes de télévision ?



En arrivant à destination dans ma banlieue profonde tandis que résonnaient les dernières notes de Romances sans paroles, je ressentais comme un malaise. Je ne m’étais jamais aussi senti en appartenance avec la France d’en bas, sous la domination d’une France d’en haut parisienne prompte à nous faire la leçon.

Dans le débat qui secoue actuellement le référendum, nous retrouvons cette dichotomie, ces deux France qui s’opposent. L’une, souveraine, dominante, sûre d’elle et sans crainte sociale, et l’autre, caricaturée, baillonnée, précarisée, se demandant avec quelle sauce la mondialisation les avalera.

Michel Onfray est aujourd’hui l’un des rares intellectuels qui prend la parole pour refuser cette domination par une élite de lignée. Et vos critiques se sont sentis le droit de mettre en pièces son dernier livre particulièrement brillant.
Ecrit par Raskolnikov, a 11:50 dans la rubrique "Personnel".
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Dimanche (15/05/05)
A la recherche d’un nouvel SMS
Ce soir-là, j’avais fait la vaisselle plus tôt que d’habitude. Je ne souhaitais sous aucun prétexte raté la moindre seconde de la grande finale. Ma femme prit possession la première du canapé. Elle avait réquisitionné la zappette afin de m’ôter toute tentation d’aller faire un saut ailleurs. Nous nous étions promis de déguster tout le programme avec les pubs et le générique.

Je me posai sur le coin gauche du canapé, celui qui porte les traces de ma transpiration pendant les matchs de foot. J’avais conservé les gants Mappa. Je les retirai et les déposai à côté du journal télé, sur la table basse Ikea. Je retins ma respiration. C’était parti.

Benji apparut tout souriant dans notre écran de télévision. Mon animateur télé préféré. Un Drucker post-moderne qui nous fait sans cesse un clin d’œil pour nous dire :
« Moi, je m’en mets plein les poches, et vous, vous passez une bonne soirée ! »
Il présenta les deux finalistes. La merveilleuse Myriam, dont je suis amoureux secrètement ( mais cela, il ne faut pas que je le dise à ma femme ), et l’étonnant Pierrick que toutes les adolescentes de mon immeuble portent dans leur coeur. Quelle confrontation ! Le suspens ne faisait que démarrer, et j’avais déjà les mains moites au goût de produit vaisselle.

« N’hésitez plus, faîtes votre choix ! Tapé 1, tapé 2, ou tapé tout ce que vous voulez, mais surtout envoyez-nous des SMS, car deux jeunes artistes attendent beaucoup de vous ce soir ! »

Le top était donné. Nous pouvions nous emparer du portèbeule pour voter. Ma femme fut la plus prompte. Elle avait laché la zappette et s’était précipitée sur le mobaïle que je lui avais offert pour Noël.
Elle ne me demanda même pas mon avis et pianota à toute allure sur l’appareil. Le SMS était parti dans les sphères pour atterrir dans l’ordinateur de maître Nadjar.
« Ils n’ont pas encore chanté et tu votes déjà ? » fis-je remarqué timidement à ma femme.
Elle ne me répondit pas. Elle écoutai Myriam en scène pour sa première chanson. Quelque chose me disait que c’était la Varoise qui avait motivé son SMS.

Pendant les commentaires du jury, le portèbeule qui avait rejoint sur la table basse la zappette, les gants Mappa et le journal télé, se mit à vibrer. Je fus, cette fois-ci, le plus rapide. J’avais en main l’objet de prédilection de ma femme. Un SMS venait d’arriver. Je ne sais pas ce qui me prit, mais contrairement, à mon habitude, la curiosité me poussa vers la lecture du message pour découvrir son contenu.
« Merci d’avoir voté. Pour télécharger le titre interprété par Myriam en sonnerie sur votre portable, envoyez MYRIAM. »

Me femme m’observa avec un regard sévère. Elle fut vexée que je pénétrai dans son intimité.
Crut-elle que mes intentions étaient de la prendre en flagrant délit de SMS adultérin ? Elle me reprit son téléphone et tapota à nouveau pour envoyer un second SMS.
« C’est une occasion de changer de sonnerie. La prochaine fois que tu m’appelleras, c’est la voix de Myriam qui m’alertera. » Je fus soulagé qu’elle n’avait pas d’amant et que son vote fut pour ma préférée.

Un nouveau SMS fut envoyé par la chaîne de télévision quelques minutes plus tard.
« Des kilos à perdre pour l’été ? Calculez votre poids idéal en envoyant KILO. »

C’est fou comment un SMS peut en cacher un autre. Deux SMS à 56 centimes d’euros ne suffisaient pas à maître Nadjar. Il profitait de notre émoi de téléspectateur pour nous pousser à la consommation.

Mais ma femme qui est très économe, ne se laissa pas faire. Elle décida de couper définitivement le téléphone, non sans un dernier envoi pour donner une voix supplémentaire à notre Myriam de prédilection.

Et cela fut très productif, car, à la fin de l’émission, quand je commençai à me ronger les ongles, le monsieur Loyal à l'ascendance très star annonça avec émotion sa victoire. Ma femme et moi, nous nous embrassâmes chaleureusement comme deux supporters dont leur équipe vient de remporter le trophée. Pour fêter l’événement, nous nous servîmes un petit armagnac afin de trinquer goulument. Quelque part, nous avions participé à son succès. Nous méritions bien ce petit réconfort après tous ces SMS.
Ecrit par Raskolnikov, a 14:26 dans la rubrique "Personnel".
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